L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a récemment révélé les résultats d’une étude comparative consacrée à la mise en oeuvre territoriale de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA), lancée par le Maroc en 2014. Cette étude porte sur quatre régions : l’Oriental, Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Béni Mellal-Khénifra. Présentée officiellement comme une évaluation des dynamiques locales d’intégration des migrants, l’étude met en avant plusieurs « bonnes pratiques » développées au niveau territorial.
Selon le communiqué de l’OIM, la région de l’Oriental se distingue par l’amélioration de l’accès des migrants aux services essentiels, notamment l’éducation et la santé. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma est valorisée pour ses initiatives de dialogue interculturel et d’accès à la formation professionnelle, tandis que Souss-Massa apparaît comme un exemple de mobilisation des acteurs territoriaux autour des enjeux migratoires.
Le rapport souligne également le rôle croissant des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’État et des acteurs locaux dans la mise en oeuvre des politiques migratoires. Cette territorialisation de la SNIA serait destinée à faciliter l’intégration socio-économique des migrants, renforcer leur accès aux services publics et promouvoir la cohésion sociale au niveau local.
Cependant, derrière cette lecture institutionnelle relativement positive, plusieurs éléments méritent une analyse critique plus approfondie.
En effet et depuis l’adoption de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile (SNIA) en 2013, le Maroc s’est progressivement imposé comme un acteur central des politiques migratoires en Afrique du Nord. Présentée comme une rupture avec les approches exclusivement sécuritaires des décennies précédentes, cette stratégie a introduit un nouveau référentiel fondé sur les droits humains, l’intégration et la gouvernance migratoire. Toutefois, derrière cette évolution institutionnelle, un processus plus discret mais fondamental s’est développé : la territorialisation de la gouvernance migratoire.
La migration n’est plus uniquement pensée à l’échelle de l’État central ; elle devient progressivement une question locale impliquant les collectivités territoriales, les municipalités, les acteurs associatifs et les organisations internationales opérant dans les villes marocaines. Cette territorialisation constitue aujourd’hui l’un des axes structurants de la politique migratoire marocaine. Pourtant, elle demeure encore relativement peu analysée dans la littérature scientifique marocaine, souvent centrée sur les dimensions diplomatiques, juridiques ou sécuritaires de la migration.
L’enjeu analytique est alors de comprendre ce que signifie réellement cette territorialisation : s’agit-il d’une véritable décentralisation de la gouvernance migratoire ou d’une simple déconcentration administrative pilotée par l’État central et les partenaires internationaux ? La territorialisation traduit-elle une autonomisation des territoires ou au contraire une nouvelle modalité de gestion locale des injonctions globales liées au contrôle migratoire ?
