Les statistiques relatives aux éloignements d’étrangers en situation irrégulière constituent aujourd’hui un instrument central de l’action publique migratoire. En France, ces données sont produites et diffusées par le ministère de l’Intérieur, qui s’impose comme la source officielle en matière de séjour, de contrôle et d’éloignement des populations étrangères.
Toutefois, loin de relever d’une simple opération descriptive, ces statistiques participent d’un véritable processus de construction politique de la réalité migratoire. Elles s’inscrivent dans ce que l’on peut qualifier de « gouvernement par les nombres », où la quantification devient un outil de pilotage, de légitimation et de mise en récit de l’action publique. Autrement dit, les chiffres ne se contentent pas de mesurer les migrations : ils contribuent à les définir, à les hiérarchiser et à orienter les perceptions collectives.
Dans ce cadre, la présence significative des ressortissants du Maghreb dans les statistiques d’éloignement ne peut être interprétée de manière neutre. Elle renvoie à des logiques institutionnelles de catégorisation, à des priorités politiques en matière de contrôle migratoire, ainsi qu’à des dispositifs administratifs qui structurent la production même des données.
Ce document propose ainsi une lecture critique des statistiques du ministère français de l’Intérieur concernant les éloignements d’étrangers en situation irrégulière en 2025. Il s’agira non seulement d’analyser ce que ces chiffres donnent à voir, mais aussi d’interroger ce qu’ils tendent à invisibiliser, afin de mieux comprendre les rapports de pouvoir qui sous-tendent la fabrique des données migratoires et d’apporter une lecture plus nuancée des dynamiques entre la France et le Maghreb.
