Comment le Maroc est devenu un acteur central des politiques migratoires africaines tout en restant confronté aux défis de la protection effective des réfugiés, de la souveraineté institutionnelle et de l’inclusion sociale.
Depuis une décennie, le Maroc s’est imposé comme l’un des acteurs les plus visibles des politiques migratoires sur le continent africain. Salué sur la scène internationale pour sa nouvelle politique migratoire, son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud et son rôle dans l’adoption du Pacte mondial sur les migrations, le Royaume est souvent présenté comme un modèle émergent de gouvernance migratoire. Pourtant, derrière cette reconnaissance internationale se dessine une réalité plus nuancée.
L’analyse de l’asile au Maroc révèle plusieurs paradoxes. Alors que les réfugiés occupent une place croissante dans les discours diplomatiques et institutionnels, leurs expériences quotidiennes demeurent largement absentes du débat public. Alors que le Royaume ambitionne de devenir une référence africaine en matière de protection, la gestion du statut de réfugié continue de dépendre largement du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Enfin, alors que le Maroc cherche à promouvoir une vision africaine des migrations fondée sur la solidarité continentale, il reste également confronté aux logiques européennes d’externalisation des frontières et aux contraintes de la gouvernance migratoire mondiale.
À travers trois analyses complémentaires, ce dossier explore les multiples dimensions de l’asile au Maroc : son invisibilisation sociale malgré sa forte visibilité institutionnelle ; les limites d’un système de protection largement soutenu par les organisations internationales ; et son inscription croissante dans une stratégie africaine où la migration devient un instrument de diplomatie, d’influence et de positionnement géopolitique. Au-delà des discours et des politiques, une question centrale traverse l’ensemble de ces réflexions : quelle place le Maroc souhaite-t-il réellement accorder aux réfugiés dans son projet de société et dans sa vision de l’Afrique de demain ?
