Les migrations internationales constituent l’un des révélateurs les plus sensibles des inégalités mondiales. Elles traduisent à la fois les écarts de développement entre les territoires, les déséquilibres environnementaux et les asymétries de pouvoir qui structurent l’ordre international contemporain. Dans ce contexte, le Rapport sur la justice mondiale publié par le World Inequality Lab propose un scénario ambitieux de transformation du système mondial à l’horizon 2100, fondé sur la convergence des revenus, la réduction des inégalités, la justice climatique et l’universalisation de l’accès à l’éducation et à la santé.
Cet article interroge les conséquences potentielles d’un tel scénario sur les migrations internationales. S’appuyant sur les principales théories migratoires contemporaines, il montre que la réduction des inégalités mondiales ne conduirait pas à la disparition des migrations, mais à une profonde recomposition de leurs logiques, de leurs géographies et de leurs motivations. Les mobilités humaines demeureraient une composante centrale de la mondialisation, mais elles seraient moins dictées par la nécessité économique ou environnementale et davantage fondées sur le choix, les opportunités professionnelles, les échanges de compétences et les aspirations individuelles.
L’analyse met en évidence les transformations susceptibles d’affecter les flux Sud-Nord, les migrations climatiques, les politiques d’externalisation européennes et la place future de l’Afrique dans les systèmes migratoires mondiaux. Elle souligne également les limites politiques, géopolitiques et institutionnelles d’un projet de justice mondiale dont la réalisation supposerait une profonde refonte des rapports économiques internationaux.
