Le texte analyse le rapport prospectif 2026-2027 de Frontex comme un document qui ne se contente pas de décrire les risques migratoires, mais qui justifie une nouvelle étape de la politique européenne d’externalisation des contrôles. Alors même que les franchissements irréguliers atteignent leur niveau le plus bas depuis 2021, Frontex présente la situation comme nécessitant davantage de surveillance, davantage de données et davantage de contrôle. Le texte soutient que l’agence produit aussi un discours d’auto-justification budgétaire, son budget étant passé de 143 millions d’euros en 2015 à plus de 845 millions en 2024.
L’analyse met ensuite l’accent sur deux instruments centraux : l’Entry/Exit System (EES) et l’ETIAS. L’EES transforme la frontière en un registre numérique permanent des passages, avec collecte de données biographiques et biométriques, tandis que l’ETIAS impose une autorisation préalable de voyage pour les ressortissants de pays exemptés de visa. Ensemble, ces dispositifs construisent une “frontière de données” qui commence avant le voyage, se prolonge pendant le séjour et reste active après le départ.
Le texte insiste aussi sur les effets sociaux et géopolitiques de ces outils. Ils risquent de pénaliser particulièrement les voyageurs du Sud global, notamment ceux dont l’historique migratoire est fragile ou qui disposent de peu d’accès au numérique et aux circuits administratifs. Pour le Maghreb, et indirectement pour le Maroc, le rapport révèle une place croissante dans la stratégie européenne de gestion à distance des mobilités, avec un rôle accru de zone tampon et de partenaire de contrôle migratoire.
