German police officers control id documents of passengers on a long distance bus on the German/French border in Kehl, western Germany, on September 16, 2024. Germany will from September 16, 2024 expand border controls to the frontiers with all its nine neighbours to stop irregular migrants in a move that has sparked protests from other EU members. Berlin announced the sweeping measure following a string of deadly extremist attacks that have stoked public fears and boosted support for the far-right Alternative for Germany (AfD) party. (Photo by SEBASTIEN BOZON / AFP)
Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans différents aéroports allemands le 24 octobre pour dénoncer les expulsions de demandeurs d’asile déboutés, leur placement en rétention en vue de leur éloignement et le développement des infrastructures dédiées aux opérations de renvoi. Les mobilisations mettent en lumière les tensions entre le durcissement des politiques migratoires et les revendications des organisations de défense des droits des migrants.
La contestation des politiques d’expulsion a pris de l’ampleur en Allemagne. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées samedi 24 octobre dans différents aéroports du pays, à l’appel de collectifs et d’organisations engagés dans la défense des droits des personnes migrantes et réfugiées.
Selon les chiffres communiqués par la police, environ 400 personnes ont manifesté à Leipzig, près de 300 à l’aéroport de Francfort, le plus important du pays, et quelque 150 à l’aéroport Berlin-Brandebourg (BER). Les rassemblements ont également réuni une cinquantaine de personnes dans chacun des aéroports de Cologne-Bonn et de Düsseldorf. Les organisateurs ont toutefois avancé des estimations supérieures à celles des forces de l’ordre.
Les manifestants dénoncent les expulsions de personnes dont la demande d’asile a été rejetée, leur placement en rétention avant leur éloignement et l’extension des infrastructures destinées à faciliter ces opérations.
À Munich, la mobilisation contre un terminal dédié aux expulsions
La contestation s’est également étendue à la région de Munich. Plus de 700 personnes se seraient rassemblées dans le secteur d’Oberding, à proximité de l’aéroport de Munich, le deuxième plus important d’Allemagne. Les manifestants protestaient notamment contre le projet de construction d’un bâtiment spécialement destiné aux opérations d’expulsion.
Cette infrastructure vise, selon les informations rapportées, à accélérer et à faciliter les procédures de renvoi. La campagne « Stop au bâtiment d’expulsion de l’aéroport de Munich » critique cette orientation, estimant que le développement des équipements aéroportuaires contribue à accroître les capacités d’éloignement des personnes étrangères.
Les opposants dénoncent également les intérêts économiques susceptibles d’être associés à cette activité. Ils contestent ainsi la participation des gestionnaires aéroportuaires à l’expansion des dispositifs logistiques consacrés aux expulsions.
À Leipzig, les manifestants ont par ailleurs exprimé leur opposition aux vols affrétés pour expulser des ressortissants afghans. Les autorités allemandes ont organisé plusieurs opérations de ce type depuis l’aéroport de Leipzig-Halle au cours de l’année. Selon les déclarations officielles rapportées, une grande partie des personnes concernées auraient été condamnées pour des infractions pénales.
« Les personnes qui demandent une protection ont droit à l’asile »
À Francfort, le réseau We’ll Come United, qui a organisé une mobilisation avec des partenaires locaux, s’est notamment opposé au projet de création d’une infrastructure spécifiquement consacrée aux expulsions.
Une porte-parole du réseau estime que les sommes consacrées aux opérations de renvoi devraient plutôt servir à financer des mesures favorisant l’intégration des réfugiés dans la société allemande.
L’organisation s’oppose plus largement aux infrastructures dédiées aux expulsions et défend la liberté de circulation pour toutes les personnes.
De son côté, une porte-parole de la coalition organisatrice des manifestations a réclamé l’arrêt immédiat des expulsions, affirmant que les personnes demandant une protection ont droit à l’asile. Elle a vivement critiqué la politique du gouvernement allemand et qualifié de particulièrement préoccupante la coopération avec les autorités talibanes pour organiser les renvois vers l’Afghanistan.
Ces déclarations illustrent les préoccupations des organisations mobilisées face à la multiplication des moyens logistiques et administratifs consacrés aux expulsions. Pour elles, le débat ne concerne pas uniquement les procédures de renvoi, mais également la place accordée au droit d’asile, à l’accueil et à l’intégration dans les politiques publiques.
Entre politique d’éloignement et droit à la protection
Ces mobilisations interviennent dans un contexte de débat sur l’orientation de la politique migratoire allemande. La question des expulsions occupe une place importante dans les discussions sur le contrôle des frontières, l’application des décisions de rejet des demandes d’asile et les relations avec les pays vers lesquels les personnes sont renvoyées.
Les infrastructures aéroportuaires jouent un rôle opérationnel dans cette politique : elles permettent d’organiser les transferts et les vols d’éloignement. Leur développement suscite néanmoins des interrogations sur les moyens publics et privés mobilisés, ainsi que sur les garanties offertes aux personnes concernées.
La situation des ressortissants afghans renvoyés vers leur pays d’origine soulève, en particulier, la question des risques auxquels ils pourraient être exposés après leur retour et des conditions dans lesquelles les autorités allemandes évaluent les besoins de protection.
Les manifestations du 24 octobre témoignent ainsi d’une opposition à une approche principalement centrée sur l’éloignement. Les collectifs mobilisés réclament une réorientation des ressources vers l’intégration et la protection des réfugiés, ainsi qu’un examen des conséquences humaines des politiques de renvoi.
Au-delà des rassemblements, le débat porte sur une question fondamentale : comment mettre en œuvre les décisions relatives au séjour sans affaiblir les garanties attachées au droit d’asile et à la protection des personnes exposées à des risques dans leur pays d’origine ?
Source : Deutsche Welle (DW), informations sur les manifestations du 24 octobre 2026.
