Par Dr. Khalid Alayoud
Cette étude analyse les profondes mutations que connaissent les campagnes marocaines sous l’effet de la mondialisation agricole et des migrations internationales. À partir d’une enquête qualitative menée dans plusieurs localités de la province de Chtouka Aït Baha, elle montre que les espaces ruraux ne sont plus seulement des territoires de production agricole, mais deviennent des espaces de circulation internationale des personnes, des cultures et des pratiques sociales.
L’essor de l’agriculture d’exportation a profondément transformé les équilibres démographiques en attirant une importante main-d’oeuvre marocaine et subsaharienne. Cette dynamique dépasse largement les seules questions économiques. Elle modifie les structures familiales, les modes de socialisation, les formes de mobilité, les pratiques religieuses, les usages de l’espace public ainsi que les mécanismes de solidarité et de régulation sociale.
L’enquête met en évidence l’émergence de nouvelles institutions informelles de cohésion sociale. Les médiateurs sociaux, les responsables communautaires, les associations locales, les acteurs religieux et même les initiatives citoyennes jouent un rôle essentiel dans la prévention des conflits, l’accompagnement administratif des migrants et la construction quotidienne du vivre-ensemble. Les expériences observées autour du sport, des pratiques de voisinage ou des rites funéraires montrent que la confiance se construit principalement dans les interactions ordinaires plutôt que par les seules politiques publiques. L’étude souligne également le caractère ambivalent de ces transformations. Si la diversité culturelle favorise l’innovation sociale et l’ouverture des territoires, elle fait aussi émerger de nouveaux défis liés à l’accès au logement, à la pression sur les services publics, aux perceptions réciproques, aux tensions identitaires et aux besoins de médiation. Le développement économique ne garantit donc pas, à lui seul, la cohésion sociale.
Au-delà du cas de Chtouka Aït Baha, cette recherche propose une nouvelle lecture des campagnes marocaines. Elle montre que celles-ci deviennent progressivement des territoires mondialisés où se recomposent simultanément les économies locales, les identités collectives et les modes de gouvernance. Les nouvelles ruralités marocaines apparaissent ainsi comme l’un des principaux laboratoires des transformations sociales contemporaines du Royaume.
