Les autorités sanitaires de Sebta ont recensé plusieurs cas de maladies infectieuses parmi les personnes migrantes arrivées dans la ville depuis le 29 juillet dernier. Selon le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire de la Commission technique de coordination de la santé publique, cinq cas confirmés d’infection par le VIH ont été identifiés parmi les migrants en situation administrative irrégulière, auxquels s’ajoutent deux cas d’hépatite C.
Les données, actualisées au 27 octobre, ne font état d’aucun nouveau cas de VIH durant la semaine du 21 au 27 octobre. Les cinq infections recensées remontent à la période qui a suivi les arrivées collectives de migrants à Sebta à la fin du mois de juillet.
Le rapport, transmis par Julián Domínguez, responsable du service de médecine préventive de l’hôpital universitaire de Sebta, distingue les cas enregistrés parmi les personnes migrantes de ceux concernant d’autres catégories de population, sans lien avec les événements migratoires de l’été.
Concernant les hépatites virales, deux cas d’hépatite C et un cas d’hépatite B ont été signalés parmi les migrants. Aucun nouveau cas de ces infections n’a toutefois été recensé au cours de la dernière semaine étudiée.
Le bulletin fait également état de treize cas de tuberculose parmi les personnes migrantes arrivées depuis la fin juillet, contre six cas dans le groupe de population non associé aux arrivées migratoires. Deux nouveaux cas concernant des migrants et un cas dans l’autre groupe ont été enregistrés durant la dernière semaine.
À ces données s’ajoutent treize cas de varicelle et un cas de mpox, tous recensés dans le groupe des personnes migrantes. Aucun nouveau cas de mpox n’a été signalé au cours de la période la plus récente.
Des chiffres à contextualiser, loin des raccourcis sanitaires
La publication de ces données appelle toutefois une distinction essentielle : le recensement de maladies au sein d’une population migrante ne permet pas, à lui seul, de faire de la migration un facteur de propagation des maladies. La présence de cas diagnostiqués dans un groupe ne démontre ni que les personnes concernées sont à l’origine d’une transmission à la population locale, ni que leur statut migratoire constitue un facteur de risque sanitaire.
Pour interpréter correctement ces chiffres, plusieurs éléments doivent être pris en compte : les effectifs des populations concernées, les conditions de dépistage, les modalités d’accès aux soins, les situations de précarité et les éventuelles différences dans le suivi médical. Le bulletin fournit des nombres de cas, mais ne présente pas, dans les éléments rapportés, les dénominateurs nécessaires pour comparer les taux d’incidence entre les groupes.
La distinction est particulièrement importante pour des infections comme le VIH ou les hépatites virales, dont les modes de transmission sont spécifiques et ne relèvent pas de la simple proximité avec une personne infectée. Assimiler la présence de personnes migrantes à une menace sanitaire collective reviendrait donc à substituer une représentation stigmatisante à une analyse épidémiologique rigoureuse.
Une activité importante des services de santé
Sur le plan de l’activité hospitalière, le service des urgences de l’hôpital universitaire de Sebta a enregistré 25 971 interventions entre le 29 juillet et le 27 octobre. Parmi elles, 5 667 concernaient des patients présentant au moins un symptôme ou syndrome clinique identifié.
Pour la seule semaine du 21 au 27 octobre, les urgences ont accueilli 1 784 personnes, dont 365 présentaient des symptômes ou syndromes particuliers.
Les autres unités sanitaires, en dehors des urgences et des structures de soins primaires, ont comptabilisé 13 363 interventions depuis la fin juillet, dont 1 968 associées à des manifestations cliniques spécifiques.
Les infections respiratoires aiguës arrivent en tête des symptômes recensés, avec 1 916 cas, dont 1 053 associés au groupe des personnes migrantes. Le rapport mentionne également 648 cas d’éruptions cutanées et 2 226 épisodes de troubles gastro-intestinaux non graves, notamment des diarrhées et des vomissements.
La commission précise néanmoins qu’une même personne peut présenter plusieurs symptômes ou syndromes. Les nombres enregistrés ne correspondent donc pas nécessairement à autant de personnes distinctes. Les données cumulées intègrent également des informations ajoutées rétrospectivement à partir des registres des autorités sanitaires de Sebta.
La santé publique ne peut devenir un instrument de stigmatisation
Ces chiffres soulèvent des questions légitimes sur les capacités d’accueil, l’organisation des soins et les besoins de santé des personnes arrivées à Sebta. Ils justifient un suivi épidémiologique rigoureux, un accès effectif au dépistage et aux traitements, ainsi qu’une coordination entre les services sanitaires.
Mais ils ne sauraient être interprétés comme la preuve d’un lien intrinsèque entre migration et maladie. Une telle lecture confondrait une situation sanitaire observée dans une population donnée avec une causalité qui n’est pas démontrée par les données publiées.
Les personnes migrantes, comme toute autre population, peuvent être confrontées à des problèmes de santé. La précarité des conditions de vie, les parcours migratoires difficiles, la promiscuité dans certains lieux d’hébergement et les obstacles à l’accès aux soins peuvent contribuer à accroître certaines vulnérabilités. Ces facteurs appellent des réponses sanitaires et sociales, et non la désignation d’un groupe humain comme menace.
La santé publique repose sur le dépistage, la prévention, la prise en charge et la transparence scientifique, pas sur l’association entre une origine, un statut administratif et une maladie. À Sebta, l’enjeu est donc de protéger la santé de l’ensemble de la population, sans transformer les données épidémiologiques en argument de stigmatisation des personnes migrantes.
