Les événements des 30 et 31 juillet 2026 à Sebta — où près de 72 000 personnes ont franchi la frontière espagnole en moins de quarante-huit heures — ont immédiatement été présentés par les médias et les institutions espagnoles comme une « invasion » planifiée par le Maroc à des fins géopolitiques. S’appuyant sur un rapport de renseignement du CENIF transmis à la juge de l’Audience nationale María Tardón, deux journaux espagnols de sensibilités différentes, El Español et El País, ont convergé vers le même récit : celui d’une opération orchestrée par des gendarmes marocains, instrumentalisant les migrants pour saturer le dispositif frontalier espagnol et peser sur le contentieux territorial autour des enclaves de Sebta et Melilla. La présente analyse critique déconstruit ce récit dominant en révélant ce qu’il tait : la parole absente des 72 000 personnes concernées, la réalité des 99 morts dont les noms n’apparaissent nulle part, la légalité non questionnée des refoulements massifs, les intérêts institutionnels du CENIF dans la thèse sécuritaire, la dimension coloniale non dite du statut de ces enclaves, et les biais structurels d’un journalisme de crise entièrement dépendant de sources officielles.
Ce que ces textes construisent n’est pas seulement un récit sur le Maroc — c’est un cadre interprétatif dans lequel des dizaines de milliers d’êtres humains disparaissent derrière une équation géopolitique.
