{"id":594,"date":"2026-10-25T00:26:20","date_gmt":"2026-10-24T22:26:20","guid":{"rendered":"https:\/\/migrapress.com\/?p=594"},"modified":"2026-10-25T12:19:59","modified_gmt":"2026-10-25T11:19:59","slug":"quand-la-peur-devient-discours-mecanismes-de-legitimation-du-rejet-des-migrants-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/2026\/10\/25\/quand-la-peur-devient-discours-mecanismes-de-legitimation-du-rejet-des-migrants-au-maroc\/","title":{"rendered":"Quand la peur devient discours\u00a0: m\u00e9canismes de l\u00e9gitimation du rejet des migrants au Maroc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le contexte marocain actuel, marqu\u00e9 \u00e0 la fois par la recomposition des dynamiques migratoires et par l\u2019intensification des tensions discursives en ligne, une transformation plus discr\u00e8te mais d\u00e9cisive m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9e : le discours de haine ne se pr\u00e9sente plus frontalement comme tel. Il tend d\u00e9sormais \u00e0 adopter les codes d\u2019une parole apparemment inform\u00e9e, structur\u00e9e et document\u00e9e. Le texte analys\u00e9 ici en constitue une illustration particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice. Loin d\u2019un simple propos pol\u00e9mique, il s\u2019inscrit dans une rh\u00e9torique pseudo-documentaire qui mobilise chiffres, r\u00e9f\u00e9rences institutionnelles et encha\u00eenements argumentatifs pour produire une lecture id\u00e9ologis\u00e9e de la pr\u00e9sence des migrants subsahariens, articul\u00e9e autour de registres complotistes, d\u00e9mographiques et identitaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9placement formel n\u2019est pas anodin. Il conf\u00e8re au discours une apparence de cr\u00e9dibilit\u00e9 qui renforce sa capacit\u00e9 de diffusion et d\u2019adh\u00e9sion. En mobilisant des \u00e9l\u00e9ments de l\u00e9gitimation apparente \u2014 donn\u00e9es statistiques, citations d\u2019acteurs publics, cadrages normatifs \u2014, le texte construit un r\u00e9cit coh\u00e9rent qui tend \u00e0 naturaliser des repr\u00e9sentations profond\u00e9ment stigmatisantes. La migration y est progressivement reconfigur\u00e9e non plus comme un ph\u00e9nom\u00e8ne social complexe, mais comme un projet intentionnel de transformation d\u00e9mographique, ce qui participe \u00e0 la fabrication d\u2019un sentiment de menace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, ce type de production ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une opinion isol\u00e9e ou marginale. Il s\u2019inscrit dans un \u00e9cosyst\u00e8me discursif plus large o\u00f9 se combinent logiques de survisibilit\u00e9, amplification algorithmique et r\u00e9sonance sociale. En construisant un imaginaire o\u00f9 la migration devient synonyme de d\u00e9s\u00e9quilibre, de perte et de d\u00e9possession, ces narrations contribuent \u00e0 banaliser le rejet et \u00e0 l\u00e9gitimer implicitement des formes de discrimination, voire des pratiques d\u2019exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de ce cas, l\u2019analyse propos\u00e9e par Migrapress ne se limite pas \u00e0 une critique de contenu. Elle vise \u00e0 mettre au jour les m\u00e9canismes de fabrication de ce type de discours : les proc\u00e9d\u00e9s de mise en cr\u00e9dibilit\u00e9, les strat\u00e9gies de cadrage, ainsi que les conditions de circulation qui permettent leur diffusion et leur appropriation. En croisant les apports des \u00e9tudes migratoires, de la sociologie des m\u00e9dias et de l\u2019analyse critique du discours, cette approche entend documenter une mutation centrale : celle d\u2019un discours de haine qui, loin de dispara\u00eetre, se reconfigure en profondeur pour mieux s\u2019imposer dans l\u2019espace public num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019approche adopt\u00e9e s\u2019inscrit clairement dans la lign\u00e9e de Teun A. van Dijk<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, dont les travaux montrent comment les discours dominants structurent des repr\u00e9sentations n\u00e9gatives des minorit\u00e9s \u00e0 travers des strat\u00e9gies de polarisation (nous\/eux), de g\u00e9n\u00e9ralisation et de l\u00e9gitimation implicite. L\u2019analyse du texte \u00e9tudi\u00e9 rejoint directement cette grille, notamment dans la construction d\u2019un \u00ab eux \u00bb homog\u00e9n\u00e9is\u00e9 et mena\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, la lecture des dynamiques de circulation et de visibilit\u00e9 du contenu s\u2019appuie sur des apports issus de la sociologie du num\u00e9rique, notamment les travaux de Zeynep Tufekci<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> sur les effets plificateurs des plateformes, ou encore ceux de Eli Pariser<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> autour de la notion de \u00ab filter bubble \u00bb, qui permettent de comprendre comment certains contenus polarisants gagnent en visibilit\u00e9 et en cr\u00e9dibilit\u00e9 au sein d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes informationnels ferm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, les travaux de Cass Sunstein<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> sur la polarisation de groupe \u00e9clairent le processus par lequel des discours initialement marginaux peuvent se radicaliser et se normaliser dans des espaces num\u00e9riques homog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Dans la lign\u00e9e des travaux de Teun A. van Dijk, ce type de discours repose sur une polarisation structurante opposant un \u201cnous\u201d menac\u00e9 \u00e0 un \u201ceux\u201d per\u00e7u comme envahissant, tout en mobilisant des strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation (chiffres, r\u00e9f\u00e9rences institutionnelles) qui contribuent \u00e0 naturaliser des repr\u00e9sentations stigmatisantes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourtant, il faut \u00e9viter une utilisation trop m\u00e9canique de Van Dijk. Son approche insiste sur les <strong>structures discursives et cognitives<\/strong>, pas seulement sur le contenu explicite.<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Comme le montre Zeynep Tufekci, les architectures algorithmiques ne se contentent pas de diffuser les contenus : elles tendent \u00e0 privil\u00e9gier ceux qui maximisent l\u2019engagement, souvent au d\u00e9triment de la nuance, favorisant ainsi des dynamiques de polarisation et de radicalisation progressive des discours. Attention \u00e0 ne pas surinterpr\u00e9ter Tufekci : elle ne soutient pas que les algorithmes \u201ccr\u00e9ent\u201d m\u00e9caniquement la haine, mais qu\u2019ils <strong>amplifient certaines logiques d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes<\/strong> (\u00e9motion, conflictualit\u00e9, simplification). Si tu pr\u00e9sentes cela comme une causalit\u00e9 directe, ton argument perdra en rigueur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Dans le prolongement des travaux de Eli Pariser sur les \u201cbulles de filtres\u201d, la circulation de ce type de contenu s\u2019inscrit dans des environnements num\u00e9riques o\u00f9 la personnalisation algorithmique tend \u00e0 renforcer l\u2019exposition \u00e0 des discours homog\u00e8nes, favorisant ainsi la consolidation de repr\u00e9sentations polaris\u00e9es de la migration. Attention \u00e0 ne pas surinterpr\u00e9ter Pariser. Il met en avant un <strong>m\u00e9canisme de filtrage<\/strong>, mais pas une th\u00e9orie compl\u00e8te de la radicalisation. D\u2019autant que depuis 2011, le d\u00e9bat acad\u00e9mique a \u00e9volu\u00e9 : certains travaux montrent que les bulles ne sont pas totalement herm\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Ces travaux permettent de comprendre pourquoi des contenus ne restent pas marginaux, se renforcent au sein de communaut\u00e9s num\u00e9riques, gagnent en cr\u00e9dibilit\u00e9 sans preuve solide, et \u00e9voluent vers des formes plus radicales avec le temps. Ils \u00e9clairent donc le lien entre structure des plateformes et diffusion du discours de haine indirect.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le contexte marocain actuel, marqu\u00e9 \u00e0 la fois par la recomposition des dynamiques migratoires et par l\u2019intensification<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":595,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-594","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-observatoire-des-migrations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=594"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":596,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/594\/revisions\/596"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/595"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/migrapress.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}